[Au commencement un duo vocal a capella qui, depuis 1991, se  produit en concert dans toute l’Europe. Deux voix, mais aussi deux comédiens et la rencontre avec un metteur en scène et un luminariste… Et puis, le désir d’aller plus loin, d’explorer d’autres voies, de se glisser  dans un nouvel espace théâtral]

Sur scène, une table de cuisine, deux chaises, un frigo, et l’omniprésence de légumes qu’il faut préparer, cuisiner, … manger.

Les objets se détournent de leur fonction habituelle, quotidienne. Un couteau se fait instrument de musique ; les épluchures de légumes sont les couleurs de la palette d’un artiste pour peindre son modèle ; le frigo, corps lumineux, sera tour à tour autel, castelet, partenaire d’un tango ou simple réfrigérateur.

Une femme et un homme, tour à tour complices ou adversaires, entre peur et drôlerie, traversent d’un chant à l’autre un univers qui prend racine dans les tableaux de Balthus, sans chercher ni à les illustrer ni les reproduire. Tout cela n’est au bout du compte que la préparation dans une cuisine d’un banquet final dont on ignore s’il s’agit d’un repas de noce ou de deuil, et, qui en est l’officiant ou la victime.

C’est au quotidien que se racontent ici les rapports entre un homme et une femme, entre l’Homme et la Femme. Le quotidien, dans un langage que nous ne comprenons pas mais que nous entendons résonner au plus profond de nous, nous entraîne sur la trace de nos propres rencontres, et, simplement, nous dit l’essentiel des rapports humains. 

¬ Le fil de l’histoire est le chant. La musique dont les langages, puisés aux sources de chants kurdes, tziganes, hongrois, yiddish, napolitains, grecs orthodoxes ou d’œuvres de Didier Labbé, Di Simone ou Lili Boniche sonne avec étrangeté et familiarité.

¬ Le défi consiste à prendre les choses à l’envers ; à faire surgir le sens, le langage, la logique d’une histoire à partir d’un univers sonore ; travailler à trouver une cohérence de jeu théâtral à partir du chant.

Comme des enfants qui jouent et passent du rire aux larmes, avancer sur des ruptures, sur des rythmes rapides et simples. Toucher des points sensibles, dégager des moments tragiques, et l’instant qui suit, trouver leur contre-pied dans le rire.

Ouvrir l’espace visuel mais aussi sonore du spectateur. Ouvrir son imaginaire, l’inviter à un voyage, le convier à une cérémonie. Lui offrir d’autres frontières.

Éviter l’illustration des chants, au contraire ajouter une tension supplémentaire, une complexité plus vraie que la simple réalité. Transposer. Transposer à la recherche d’une poétique. Il y a une émotion, une énergie, une dramaturgie interne à chaque chant qui guide notre imaginaire. Chercher à dévoiler le sens caché du chant avec la même impudeur que celle que l’on trouve dans les tableaux de Balthus et qui semble surgir de l’intérieur même des personnages.